Puis-je me permettre de vous raconter la seconde journée de nos vacances 1977 ? Nous étions entrés en RDA la veille, avec le projet de la traverser sans nous arrêter et de dormir en Pologne pour arriver à Varsovie le lendemain. Malheureusement l'état de la route au sud de Berlin nous avait obligés à passer la nuit en RDA. Voilà ce qu'il nous est arrivé :
Jour 2 : Bienvenue chez Kafka
Il est 7h30, le petit déjeuner est expédié. Le responsable du camping n’est pas arrivé. Peu importe, le temps de tout ranger et de plier la caravane il sera 8 heures et, c’est bien connu, les Allemands sont courageux, travailleurs et se lèvent tôt. Donc il sera là.
8h, personne.
8h30, puis 9h, toujours personne. Quelques autochtones me confirment enfin qu’il ne vient pas toujours, ou seulement l’après-midi. Or nous tenons à payer notre camping, simple question de probité, mais nous voulons aussi arriver à Varsovie ce soir et il nous reste entre 520 et 530 km à parcourir sur des routes dont nous ignorons tout.
- Ce n’est pas grave, me disent-ils tous, vous avez juste dormi sans utiliser les installations du camp, allez-y et on expliquera au gardien.
Echanges de politesses, salutations multiples, encouragements. Nous reprenons la route en direction du poste frontière de Swiecko, à une cinquantaine de kilomètres. La route est en bon état et nous atteignons le contrôle vers 10 heures. Personne, du moins aucune voiture en attente, quelques camions dans une file séparée passent à la fois sur une fosse et sous un portique. Du monde s’affaire autour de chacun d’eux.
Je tends nos passeports au douanier allemand. Il les ouvre en nous regardant, tourne les pages à la recherche du visa et repose les passeports près de lui en me faisant signe de me garer un peu plus loin. Je suis sa consigne et descends de la voiture pour aller récupérer les passeports. Refus. Il me fait signe de retourner à la voiture et d’attendre. Mauvais signe…
Quelques minutes plus tard arrive un type en uniforme kaki bardé d’étoiles qui prend nos passeports et revient vers nous. Mauvais pressentiment…
- Vous avez passé une nuit en Allemagne de l’Est ?
- Oui.
- Vous n’aviez pas le droit !
- Mais… Le visa de transit est valable 24 heures, nous avons encore du temps.
- Vous n’avez pas le droit de vous arrêter pour passer la nuit.
- Je ne comprends pas, j’ai cette carte avec la liste des campings ouverts aux voyageurs en transit !
- Bien sûr, mais il fallait le déclarer en prenant le visa et indiquer où vous alliez vous arrêter.
Danièle, à côté de moi commence à paniquer.
- Je ne savais pas, nous avons été surpris par les… difficultés de la route (je me rattrape à temps, inutile de lui dire que leur autoroute est pourrie). Nous étions fatigués et il était tard.
- Où vous êtes-vous arrêtés ?
Là il faut réfléchir vite et bien. Le seul endroit autorisé est celui qui figure sur la carte que je lui ai montrée. Donc, le camping où nous aurions dû aller et que nous n'avons jamais trouvé…
- Bad Saarow, c’est celui qui est mentionné.
- Vous avez le reçu du camping ?
Panique à bord.
- Non, nous sommes arrivés tard, il n’y avait personne. Et ce matin le responsable n’était toujours pas arrivé. Les gens qui étaient là nous ont vus hier et nous ont dit de partir, qu’ils expliqueraient que nous avions beaucoup de route à faire…
Soupir du « général ».
- Fermez la voiture et suivez-moi. Vous aussi madame.
Le bâtiment principal, briques et béton, est aussi chaleureux qu’un hall de gare. C’est du moins l’impression qu’il nous fait. Nous avons tout de même droit à des chaises.
- Reprenons, fait l’officier en prenant un bloc-notes. Vous avez donc obtenu un visa de transit à Marienborn, destination Swiecko où nous sommes actuellement.
- Oui
- Vous avez passé la nuit à Bad Saarow mais vous ne pouvez pas le prouver.
- C’est bien ça malheureusement.
- Malheureusement, oui.
- On peut retourner au camping et demander un reçu…
- Je vais voir ce que je peux faire, répond-il en se levant. Je vais déjà téléphoner au camping et demander au responsable de retrouver des témoins de votre passage.
Il s’éloigne, prend un escalier vers un étage que je suppose aménagé en bureaux et en salles d’interrogatoire. Pour l’instant nous n’y sommes pas encore. Mais notre inquiétude est totale : il va demander des témoins de notre passage dans un camping que nous n’avons jamais trouvé. Qu’est-ce que ça va donner ? La fin de nos vacances, déjà ?
Nous poireautons depuis plus d’une heure lorsqu’il redescend, la mine grave. Nous nous attendons au pire. Commence alors un long sermon, que nous écoutons avec beaucoup d’humilité en nous disant que c’est plutôt bon signe. Le respect des règles, la nécessité de payer ce que nous devons, de déclarer ce que nous faisons et où nous allons.
- Si je dois aller à Nantes, nous dit-il soudain, je dis où je vais, je déclare dans quel hôtel je vais séjourner. Et je paie mon hôtel.
Surpris par cette mention de Nantes, nous ne pouvons qu’acquiescer. Même si nous n’envisageons pas de déclarer aux autorités françaises les hôtels dans lesquels nous prévoyons de séjourner. Il est un peu plus de midi lorsqu’il se décide à nous raccompagner à la voiture.
Elle est fermée et je n’ai pas les clés. Paniquée, Danièle a fermé la 1307S en appuyant sur les poussoirs de verrouillage depuis la portière arrière. Sauf que j’étais descendu en laissant les clés à l’intérieur ! Un gag assez fréquent à l’époque mais ici, et dans ces circonstances c’est une catastrophe, nous ne pouvons plus partir…
Bon prince, le « général » finit par trouver un fil de fer et un douanier assez habile pour le glisser entre la fenêtre et les caoutchoucs avant de tirer sur le loquet. La voiture est ouverte, tout le monde sourit et se congratule. Les douaniers de RDA sont désormais nos amis et nous souhaitent bonne route pour la suite de notre périple. Il est nettement plus tard que prévu mais ça aurait pu être pire.
Les routes de Pologne sont étroites, traversent villes et villages, serpentant à travers des campagnes verdoyantes. C’est l’été continental et il fait chaud. Je roule aussi vite que je le peux grâce à une circulation plutôt réduite. Ici comme en RDA la voiture ne s’est pas encore vraiment démocratisée, elle reste chère et de mauvaise qualité. Je profite d’un tronçon de ligne droite pour doubler une Trabant. L’attelage Simca-Casita monte à plus de 110 lorsque j’aperçois soudain, au loin un type en uniforme qui sort d’un fossé et se met au milieu de la route en agitant un bâton surmonté d’un rond de sens interdit de la taille d’une soucoupe.
Pas d’ABS ni d’autres aides au freinage à l’époque. Je ne sais toujours pas comment j’ai réussi à ne pas l’écraser et à ne pas mettre voiture et caravane dans le décor. J’ai payé l’amende pour excès de vitesse sans rechigner, une somme modique pour un excès dont je ne doute pas mais qui était certainement mesuré au doigt plus que mouillé.
Le soir, Varsovie. Enfin. Mais quelle journée !
Bienvenue chez Kafka - RDA en 1977
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Thoutmes14 - Touriste

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pomgirl - Modérateur

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Re: Bienvenue chez Kafka - RDA en 1977
Bonjour
Hé bien !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! quelle histoire
BYE
Hé bien !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! quelle histoire
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GéJi - Modérateur

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Re: Bienvenue chez Kafka - RDA en 1977
Excellent témoignage des us et coutumes de l'époque ! C'est digne d'un film mais pourtant c'était la réalité dépassant (souvent) la fiction !!
Heureusement vous en êtes bien tirés !
Heureusement vous en êtes bien tirés !
Jean
Graziella & Jean
- Fleurette TS 43 LJ de 04/1998 - En chasse d'une tractrice !
Je ne réponds pas aux questions techniques par Mp - Merci
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